juillet 2017

La prise de conscience et la conscience

J’ai envie d’écrire au sujet de la conscience et de la prise de conscience parce que l’anglais et le français me permettent des entrées très différentes dans le domaine de la conscience et, par conséquent, elles me fournissent des prises de conscience très différentes quant à la nature de la conscience et des prises de conscience.

Legende

Depuis quelque temps, je me suis trouvée au contact de la différence entre la conscience en tant qu’état – « awarenesses » en anglais – et les prises de conscience – « awarenesses ».

Je peux être présente dans ma conscience comme je peux avoir conscience de ma présence, ce qui me dit que la présence n’est pas identique à la conscience. Dans les deux langues, ce qu’on appelle « la présence » est caractérisé par une certaine focalisation, ce qui n’est pas toujours le cas pour la conscience.

Tous les faits que je sais être en moi sont des faits de conscience. Je m’arrête de taper ce texte un instant pour porter ma conscience, mon attention, sur le monde autour de moi et immédiatement j’entends les voitures dans la rue, certains bruits du voisinage. Je me remets à taper et, au lieu de porter ma présence sur le contenu de mon esprit, je la porte sur le contenu de mes oreilles.

Aussitôt, j’entends le bruit que font les touches de ma machine quand elles s’enfoncent jusqu’au fond du clavier. Je déplace de nouveau ma présence et j’entends une voiture démarrer pas très loin d’ici; un bus passe. Je porte ma présence vers l’intérieur et retrouve instantanément le goût d’une banane que j’ai mangée il y a une demi-heure, la sensation de mes pieds sur le sol, de mon pull qui me démange à un endroit précis où il me touche. Chacun de ces goûts, de ces sensations, de ces bruits, constitue un fait de conscience, car j’en suis devenue consciente.

Dans cette description de mon état intérieur, c’est un artifice que de vouloir distinguer les questions des réponses. Je peux, si je le veux, dégager à chaque fois une question : qu’entend mon oreille en cet instant ? Et maintenant ? Et maintenant ? Et ma conscience me dit immédiatement la réponse. Mais, en fait, les lieux des déplacements de ma conscience constituent à la fois la question et la réponse.

Mais dès que nous nous déplaçons vers la droite de l’échelle ci-dessus, nous nous situons de telle manière que la question et la réponse n’ont pas lieu au même moment dans le temps. Ici, le français nous permet une compréhension plus profonde que l’anglais.

En effet, c’est le domaine de prédilection des prises de conscience. Mais d’abord, pourquoi le mot « prise » ? Ce mot est utilisé aussi pour la gelée qui « prend » quand elle passe de son état liquide à son état solide. De même, quand les éléments d’un problème se présentent à la conscience sous une forme tangible, on parle de « prise ». Quand on quitte le point à gauche, Gatte no invite les anglophones à utiliser les termes « anagenèses » ou « besoin aware », malgré le fait que « anagenèses » n’est pas réellement susceptible d’être utilisé au pluriel. Le français « prise de conscience » attire notre attention sur les transactions énergétiques qui ont lieu, la coagulation de faits nécessaire pour créer des prises de conscience. Nous sommes plus touchés par la tension créée par la question qui croît en nous jusqu’à ce que la réponse jaillisse. La libération de la tension qui en résulte est accompagnée par un « Ah ! » si caractéristique d’une prise de conscience et la force du « Ah ! » est en rapport avec la quantité de tension associée à la question.